mardi 5 février 2013
Une affaire d'hommes
Le vieux papa me dit : "Techniquement parlant, Etats-Unis est meilleur que Nanga Steve. La ceinture Turbo King ne devrait pas lui échapper. Et il ne faut pas oublier qu'Etats-Unis est celui qui a importé le catch américain dans le catch congolais."
N'empêche les myriades de marmailles qui courent partout dans le stade vélodrome de Kintambo n'ont qu'un seul nom aux lèvres : Nanga Steve, le champion de Kinshasa. Ils en profitent pour chanter en choeur "Voler n'est pas bon" (qui est une chanson qui clôture une émission locale de faits divers).
Le championnat Turbo King ("une affaire d'hommes") est censé clôturer la saison de catch, et donc, partant, réunir les plus grandes stars du pays. Mais comme le brasseur aime les choses carrées, il n'est pas question que les féticheurs (qui font, je le rappelle, tout l'intérêt du catch congolais) interviennent. Ce sera du catch sans magie. Première déception.
Malgré tout, l'ambiance est électrique, ça se bouscule autour du ring, les supporteurs des deux stars se défient, se battent même un peu, et la police nationale congolaise chicote qui s'excite trop.
Les deux premiers combats se passent dans une sorte de brouhaha général, on ne voit pas bien le ring, et même Chien-Méchant (un de mes catcheurs préférés) passe presque inaperçu (alors même que les entrées en scène de Chien-Méchant, enchaîné et tenu vigoureusement en laisse par son staff, sont normalement particulièrement spectaculaires). D'ailleurs il perd son combat, ce qui m'agace (et Japana gagne le sien). En plus, il se met à pleuvoir.
Enfin la finale tant attendue arrive. La tension est à son paroxysme. Nanga Steve monte le premier sur le ring, avec sa très belle cape d'argent et son masque mexicain impressionnant. Etats-Unis se fait attendre. Le speaker hurle ses commentaires avec la voix de Joey Starr. Enfin, le challenger arrive, les deux hommes se défient, et la baston commence. Nanga Steve réussit une superbe projection qui assomme littéralement Etats-Unis, mais envoie aussi à terre l'arbitre qui perd connaissance. Du coup, il faut chercher un nouvel arbitre, et personne ne décompte le k.o. d'Etats-Unis. Ca sent la triche. Objectivement, Nanga Steve devrait avoir gagné, et quand enfin un nouvel arbitre monte sur le ring, comme par hasard, Etats-Unis revient à lui : tout est à refaire.
Etats-Unis, fou de rage, attaque violemment Nanga Steve et le frappe à plusieurs reprises dans les "bijoux de famille" selon l'expression du speaker-joey-starrien. Ces mauvais gestes seraient normalement lourdement sanctionnés, mais on l'avait annoncé au début du match : "Disqualification eza té".
Alors évidemment, Nanga Steve n'est plus vraiment en mesure de contrer les attaques d'Etats-Unis, et au bout de quelques minutes seulement, il finit par perdre par k.o..
C'est l'éruption de colère dans le stade vélodrome : on crie à la triche, au scandale. Non seulement, tout ça semble chiqué (Piroins, outré, me dit "c'est du théâtre pas du combat"), mais en plus le combat a duré quelques minutes seulement.
Les flics se déploient pour s'interposer entre les deux camps de supporteurs Nanga Steve - qui a repris ses esprits - refuse de descendre du ring, Etats-Unis danse de joie et fait un tour d'honneur, les caméras de télévision enregistrent les réactions indignées des spectateurs. On peut craindre l'émeute, et, de mon point de vue, elle serait légitime, tant il est évident que le match n'a pas été correct.
Mais rien n'y fait, les brasseurs hollandais offrent un chèque de 5 000 dollars et un "bar" de catégorie 2 à Etats-Unis, déclaré officiellement vainqueur, et l'affaire est dans le sac malgré la mauvaise humeur du public.
La prochaine fois, j'irai à Matete : il parait qu'il y a là-bas un catcheur-féticheur redoutable qui est capable de plonger sa main dans ton ventre, d'en sortir tes intestins et de les manger devant toi. Il doit bientôt affronter un champion du Katanga.
jeudi 17 janvier 2013
dimanche 6 janvier 2013
Limpopo
C'était souvent l'hiver que j'allais chez ma grand-mère, à Annonay, puisque c'était le moment où à la Réunion nous étions en vacances. Il y avait dans la chambre d'enfance de ma mère le bouquin de Kipling, Histoires comme ça, illustré par l'auteur, et dans l'histoire de "l'enfant d'éléphant", il y avait ce fleuve, le Limpopo., dont le seul nom me faisait rêver.
Le Limpopo, c'est également le nom de la province la plus au nord de l'Afrique du Sud - la plus pauvre aussi. Quand on la traverse en voiture - Polokwane, Louis Trichardt, Mokopane (une toponymie compliquée qui a changé brutalement depuis la fin de l'apartheid, au point que certains panneaux routiers continuent d'indiquer les anciens noms en afrikaans et on ne s'y retrouve plus) - on se rappelle soudain que l'Afrique du Sud, c'est aussi l'Afrique tout court, avec un habitat rural très simple, et des gens misérables qui marchent le long des routes.
En entrant dans le nord du Kruger, mon objectif était donc d'aller enfin voir le fameux fleuve Limpopo de Kipling (même s'il est possible qu'enfant, à l'occasion d'un voyage familial en Afrique du Sud, je l'aie déjà vu), et c'est que j'ai donc fait avec beaucoup d'émotion - enfin, pas tellement d'émotion, mais plutôt une forme de jubilation-, en me rendant au "coin des escrocs", à l'endroit où le fleuve Limpopo sépare l'Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Mozambique.
Voilà, je suis revenu de vacances.
Je préfère les chimistes aux informaticiens.
Le site Format Court propose un "focus" sur Bertrand Mandico : un entretien et des analyses de plusieurs de ses courts-métrages. C'est ici.
PS : Bertrand, je vais venir à Paris, peut-être, sans doute, à la fin du mois, tu me paies le restau ?
PS : Bertrand, je vais venir à Paris, peut-être, sans doute, à la fin du mois, tu me paies le restau ?
samedi 22 décembre 2012
Philippulus
Résumé des épisodes précédents : 20 décembre fête kaf, 21 décembre fin du monde, 22 décembre vacances, 23 décembre Afrique du Sud.
Bonnes fêtes zot tout'.
Bonnes fêtes zot tout'.
mardi 4 décembre 2012
Roques
Le festival de la Ravine des Sables (autrement appelé ravine des Roques) a eu lieu samedi dernier. J'en aurais bien parlé avant, mais j'ai eu l'interdiction juridique de mettre l'affiche.
Tant pis, la voilà, en retard, elle est très chouette et est signée comme d'hab' Emmanuelle Brughera.
Tant pis, la voilà, en retard, elle est très chouette et est signée comme d'hab' Emmanuelle Brughera.
dimanche 2 décembre 2012
Fragments des FARDC
Le photographe italien Michele Sibiloni, qui suit depuis plusieurs mois les troupes du M23, a collecté des fragments de la vie des militaires congolais à chaque entrée victorieuse des rebelles dans les casernes abandonnées des FARDC : photos oubliées, piétinées, abîmées de la vie de caserne en RDC. Poses martiales, photos de groupe, baptêmes, mariages, petites copines, entraînements, autant de témoignages en miettes de ce qu'est la vie de piou-piou dans les Kivu.
Porte-folio sur le site du Monde.
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