mercredi 9 février 2011

De Nantes à Montaigu

Il y a, à Nantes, un petit atelier dont j'ignore le nom, mais dans lequel travaillent deux petits salopiots. J'imagine leurs journées, à cancaner, à médire à tort et à travers, à rire comme des hyènes.
Il y a un peu trop de Nantais dans les gens avec lesquels je travaille, je devrais faire gaffe.
Autant le dessinateur réunionnais est bon comme un rougail saucisses boucanées cuit longuement au feu de bois, pur comme l'air de nos montagnes aux cimes qui tutoient le ciel, honnête comme le brave créole qui jamais ne ment, et travailleur comme le petit planteur qui se lève aux aurores et qui n'a que l'ambition du travail bien fait, autant le dessinateur nantais est un sale type, un être avili qui n'a plus aucune valeur, et dont la ville, au passage, s'est enrichie de manière ignoble sur le trafic d'esclaves.
Le Nantais est un sale type certes, mais souvent talentueux, ce qui est un peu énervant.
Tanquerelle commence à griffonner notre bd, qui s'appellera quelque chose comme "Carthago delenda est" et qui va vraisemblablement révolutionner l'idée qu'on se faisait du peplum, et Brüno, revenu des abysses infernales, s'est lancé dans les premières pages de "Gbadolite", une sorte de graphic-novel sur la chute d'un dictateur africain qui emprunte beaucoup à Mobutu.


dimanche 6 février 2011

Kill ! Kill !


Tura Satana, la plantureuse héroïne de Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! a rejoint son mentor Russ Meyer, dans un autre monde, plein de bagnoles qui vont à fond la caisse, de filles aux gros seins qui fichent des raclées à des péquenots, et de rock de série B.



"We had leather motorcycle jackets, jeans and boots and we kicked butt."

Quand le Chaudron


Il y a 20 ans, à la suite de l'interdiction de Télé Freedom (que nous appelions "Télé Lapo"), des émeutes éclataient au Chaudron.
Combien de morts lors des "évènements" du Chaudron ? Etait-ce la "nuit des kaniars" comme l'avait dit sur RFO Bruno Minas, aujourd'hui correspondant de RFI à Kinshasa et qui me disait l'autre jour, autour d'un succulent carry boucané qu'il avait préparé, combien cette phrase malheureuse (?) l'avait poursuivi ?
En 1991, j'étais étudiant à Paris, et, avec les dalons exilés, nous suivions de loin ce qui se passait, en regardant la télé, en lisant les comptes-rendus dans les journaux, ou, plus efficacement, en téléphonant aux copains ou à la famille qui étaient sur place.
Il y a eu d'autres "évènements" au Chaudron par la suite - et pas qu'au Chaudron -, je me souviens par exemple que l'année suivante (ou celle d'après, je ne sais plus trop), en rentrant au Moufia, j'avais été arrêté par les gendarmes - au niveau du pont bailey - qui filtraient l'entrée de Sainte-Clotilde, qui vérifiaient qu'on ne venait pas "foutre la merde", et effectivement, plus loin, dans la nuit, il y avait des files de jeunes gens qui remontaient la route en transportant le fruit de leurs pillages.
Il y a plus de chaînes de télé aujourd'hui à la Réunion, mais je ne suis pas sûr que la société réunionnaise aille beaucoup mieux.

samedi 5 février 2011

Mobutu et Pardon !


Papier cadeau de Pardon ! (et qui a servi de carte de voeux à Isabelle B.)

Au Congo, à poil

Le site de "collection revue" propose une version assez désopilante de Tintin au Congo "à poil" : les 7 premières pages de l'album, dans lesquelles le vaillant reporter du petit XXeme est redessiné sans ses habits.
Je suppose que ces images ne vont pas rester très longtemps accessibles, et que la terrible et sourcilleuse fondation Hergé va s'empresser d'y mettre bon ordre, mais tant qu'on peut y accéder, profitons-en : c'est débile et bien rigolo que ça tombe sur l'album le plus controversé de Tintin.

mercredi 2 février 2011

La Grippe malgache

J'ai trouvé la planche de la Grippe coloniale revue et corrigée par Anselme, sur le site de Totoche.



Salut à toi, Anselme !

Anselme


Anselme Razafindrainibe est mort.
Anselme était le plus génial dessinateur malgache du monde, comme le dit Hobopok, son neveu par alliance. Dessin à l'arrache, propos corrosif et politique, attitude punk, sans doute auto-destructrice aussi, ces dernières années. Mais être Anselme à Madagascar ne devait pas être facile : les difficultés matérielles, la mort des proches (son frère Aimérazafy mort il n'y a pas si longtemps), la chiennerie de la vie dans un pays misérable, la chiennerie de la vie tout court aussi, tout ça ne pouvait que pousser vers le seul médicament illusoire de l'Océan Indien, le rhum, et le rhum la pa bon, oté.
Anselme a très vite accompagné le Margouillat, qui l'a publié dans ses pages, puis en livre ("Retour d'Afrique", un des meilleurs BD-reportages qui existe sur l'Afrique, chez Centre du Monde).

Je me souviens qu'une fois, nous étions allés à Angoulême ensemble. Anselme qui était un vrai fan de BD trouvait que l'ambiance y était bien trop sage. Il était prêt à tout faire péter. Je me souviens d'une autre fois, au festival de Saint-Denis, où il discutait avec Munoz, Rosinski, et Willem, je crois, et c'était le malgache le plus radical, le plus rock'n'roll.
Je me souviens, enfin, qu'il avait redessiné une page de la Grippe coloniale, y ajoutant quelques "putain" et "merde" bien sentis, et c'était génial, et j'aurais aimé poster cette planche ici, mais elle est quelque part dans un garde-meubles de la Réunion.

La photo aux zébus, très chouette, est d'Hobopok.